Psssit, je vous donne un bon tuyau…
L'intelligence artificielle ne va pas tuer mon métier, ni me remplacer.
Je vous explique POURQUOI ?
Soyons objectif : déjà plus de 30 ans que j'exerce ce métier et il s'est réinventé à de nombreuses reprises. Les graphistes ont été dans l'obligation de s'adapter, se former et intégrer à chaque fois de nouvelles compétences. Certes les révolutions technologiques successives ont fait disparaître certains métiers car elles ont démocratisé des domaines d'expertise habituellement réservés à des spécialistes. Je pense d'ailleurs que c'est regrettable car nous avons perdu au passage de réels savoir-faire. Par exemple, qui peut, aujourd'hui, se targuer de connaître le code typographique sur le bout des doigts comme le connaissaient les typographes et les photo-compositeurs ? Personne !
En revanche, rien n'est jamais tout blanc ou tout noir :
ces évolutions technologiques ont largement ouvert le champ des possibles en donnant plus de libertés d'action aux concepteurs. La possibilité de matérialiser et tester une idée en temps réel ; pouvoir lui appliquer des variantes ou des corrections instantanément ont été des accélérateurs pour développer la créativité.
Les révolutions technologiques :
Personnellement j'ai vécu plusieurs révolutions : l'arrivée du Macintosh à révolutionné un métier traditionnel, voire artisanal, les nouveaux outils tels que Photoshop ou Quark X-Press ont considérablement transformé la photogravure, la mise en page et le rapport à la typographie, internet et les e-mails ont métamorphosé nos méthodes de travail et les processus de validation, l'avènement du numérique a bouleversé la photographie et tous les métiers de l'impression mais toutes ces révolutions ont un point en commun : elles ont ébranlé des métiers principalement techniques.
L'illusion utopiste et fallacieuse de l'I.A. :
Nous allons pouvoir faire tout, tout seul, en trois clics !
l'I.A. nous offre aujourd'hui des perspectives professionnelles très prometteuses et nous fait gagner un temps précieux et considérable pour effectuer, ponctuellement, certaines tâches… Seulement voilà, l'intelligence artificielle n'est pas - en aucun cas - un outil de création : c'est un puissant outil de statistique qui puise ses ressources dans ce qui est mis à sa disposition, ce qui existe déjà pour en faire une synthèse dont résulte une interprétation graphique « propre » mais consensuelle, sans relief et sans profondeur destinée à plaire au plus grand nombre. Comme tout outil statistique, l'I.A. produit « juste un résultat » mais est bien incapable d'arbitrer ce qui est bien ou mieux en terme d'image, incapable d'avoir un parti pris. Elle est dramatiquement dénué de tout sens de l'esthétique et n'a, par conséquent, aucune capacité de « conseil » à ce niveau là. Votre identité et votre image de marque seront par conséquent le résultat d'un compromis, et donc par définition, sans caractère, et surtout sans aucune singularité alors que l'on demande à votre entreprise d'être reconnaissable entre mille.
Et tout cela sans compter que ce qui est en « libre accès » ne veut pas dire « libre de droit » (sinon cela s'appelle du pillage). Ce n'est pas sans poser de nombreuses questions, notamment concernant le sourcing, le droit d'auteur et la propriété intellectuelle et artistique pour lesquelles il n'y a actuellement pas de réponse (et avec la rapidité à laquelle se développe l'I.A., cela va être très complexe de légiférer). D'ici là, c'est votre responsabilité qui sera engagée.
Mais cela ne s'arrête pas là…
Comprendre un projet client, c'est aussi comprendre son contexte socio-économique, géographique, conjoncturel, son historique et le moment dans lequel il s'inscrit. Une I.A. - quelle qu'elle soit - ne peut pas connaître toutes ces dimensions comme le fait l'être humain. Ses réponses sont calibrées pour répondre à un prompt, par conséquent cloisonnées et donc partielles. Elle n'a, tout simplement, aucune vision d'ensemble, ni globale, ni transversale. Elle traite chaque sujet indépendamment et ne prend pas en compte l'ensemble des composantes, leur hiérarchie et leurs interactions [ si nous ne lui avons pas tout décrit au préalable ]. Je mets au défi qui que ce soit de réaliser un prompt factuel, intégral et abouti. D'autant plus que prompter correctement ne veut pas simplement dire décrire!
Seul l'esprit humain a cette capacité et ce don d'observation et de discernement qu'aucun prompt ne pourra jamais remplacer pour connaître l'histoire ou la culture d'une entreprise, son héritage culturel, son implantation territoriale et son environnement, les traditions et les spécificités locales ou régionales, l'état du marché et de ses mutations, les tendances de consommation, l'analyse minutieuse de la concurrence pour mettre en regard le contexte, les enjeux, les valeurs, les objectifs et les cibles. Observer, décrypter et comprendre les interactions entre les différents éléments, entrer dans le détail, avoir une lecture nuancée, intuitive et sensorielle, identifier les signaux faibles et les éléments parfois intangibles ainsi que anticiper les évolutions futures (en somme, tout ce que fait le graphiste lors de la prise de brief et dans les premières étapes de création).
Au-delà des aspects stratégiques que nous venons de décrire, nous constatons aussi une standardisation et une uniformisation dans la production des images générées par l'I.A. Il suffit d'ouvrir les yeux, c'est plus que flagrant avec la profusion d'affiches sur les réseaux sociaux. Non seulement elles sont plus ou moins toutes identiques, interchangeables, souvent ennuyeuses et de très mauvais goût. Elles utilisent toutes les mêmes astuces graphiques, elles sont aussi systématiquement surchargées et sans aucune hiérarchie de l'information . Il manque aussi à l'I.A. le sens des priorités.
Arrêtons d'être des copies qu'on forme car « À toujours vouloir entrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte! ».
Voilà,
je viens de partager avec vous mon opinion qui n'est pas le fruit d'une réflexion théorique mais bien fondée et éprouvée par la réalité du terrain afin d'alimenter votre réflexion. La création et la gestion de votre identité et de votre image de marque, vous préférez la confier à un professionnel ou bien à un algorithme ? Je vous laisse à présent seul juge pour en tirer vos propres conclusions et prendre position.
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© Novembre 2026
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